Christine Couture y Aitor Gómez Olivencia durante su intervención presentando el LTC Human Shelters.
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Le nouveau LTC Human Shelters, la révélation du dernier Euskampus Bordeaux Eguna
Euskampus Bordeaux Eguna 2026 : des ponts qui relient les territoires, les générations et les histoires
La rencontre, qui s’est tenue les 15 et 16 octobre à Ficoba (Irun), a mis à l’honneur la collaboration scientifique de longue date entre l’Université de Bordeaux et l’EHU en désignant le dixième laboratoire transfrontalier de coopération, « Human Shelters », consacré à l’étude de l’évolution humaine.
Certains ponts relient des rives. D’autres relient les langues, les générations, les disciplines et les différentes façons d’appréhender le monde. Pendant deux jours, l’Euskampus Bordeaux Eguna 2026 a fait de Ficoba, à Irun, un lieu de rencontre pour célébrer la collaboration entre l’Université de Bordeaux et l’Université du Pays basque (EHU), une fois de plus, après le dixième anniversaire célébré en 2024. Une coopération qui trouve dans la recherche scientifique un moyen de dépasser les frontières et de construire un savoir commun.
L’édition de cette année a réuni environ 260 participants et plus de 60 jeunes scientifiques, allant des étudiants en master aux chercheurs postdoctoraux. Sur le thème « Tisser des ponts », cette rencontre a mis l’accent tant sur les résultats des projets communs que sur les relations humaines et professionnelles qui les rendent possibles.
Human Shelters : une décennie de collaboration pour explorer l’histoire de l’humanité
Un des moments forts de cette rencontre a été la désignation d’Human Shelters en tant que dixième Laboratoire transfrontalier de coopération (LTC) du campus transfrontalier Euskampus Bordeaux. Ce laboratoire rassemble des spécialistes de l’Université de Bordeaux et de l’EHU dans le domaine de la paléoanthropologie et de l’évolution humaine, avec une équipe composée de 17 chercheurs et chercheuses de Bordeaux et 19 de l’EHU.
La question qui sous-tend son travail est de savoir comment les abris rocheux peuvent devenir des archives de l’histoire de l’humanité : des espaces qui conservent les traces des populations du passé, de leurs modes de vie et de leur relation avec différents environnements et contextes géologiques. Ce projet est mené, entre autres, par Christine Couture, professeure de paléoanthropologie au laboratoire PACEA, rattaché au CNRS, au ministère français de la Culture et à l’Université de Bordeaux, en collaboration avec Asier Gómez-Olivencia, chercheur à l’EHU.
Mais Human Shelters n’est pas né avec cette récente reconnaissance. Le laboratoire est le fruit d’une collaboration scientifique et personnelle qui s’est construite depuis plus de dix ans. Comme l’explique Asier Gómez-Olivencia, ce travail collaboratif a débuté par l’étude de fossiles humains découverts dans le sud-ouest de la France et s’est progressivement développé, à travers des publications, la co-direction de thèses et l’arrivée de nouveaux chercheurs et chercheuses.
« Ce fut un parcours long, enrichissant et naturel. Tout s’est déroulé naturellement », résume Gómez-Olivencia. Un parcours qui a permis d’élargir l’équipe et d’évoluer vers une structure interdisciplinaire axée sur l’étude de l’évolution humaine.
Le chercheur se tourne également vers l’avenir et utilise une image particulièrement appropriée pour une rencontre consacrée aux ponts : « La voie est bien tracée. Nous devons donc désormais continuer à élargir nos horizons, à former les nouvelles générations et à permettre à de nouveaux chercheurs de découvrir l’écosystème de l’autre côté des Pyrénées. »
Cette mobilité des connaissances a un objectif précis : enrichir la recherche dans les deux territoires. « Tout ce qu’ils apprendront sur les sites de l’autre côté des Pyrénées, ils pourront l’appliquer aux sites sur lesquels nous travaillons, en ce qui nous concerne au Pays basque », souligne-t-il. Et il conclut par une phrase qui résume bien le sens de cette coopération : « C’était une façon de tracer la voie de l’avenir pour pouvoir continuer à étudier le passé. »
Le LTC Incubateur, un levier pour renforcer la collaboration
Le parcours de Human Shelters montre également à quel point il est important de disposer de structures qui permettent de transformer les relations scientifiques en projets durables. Avant d’obtenir le statut de LTC, l’équipe a traversé une phase d’incubation, qui a permis de consolider la collaboration et d’élargir ses réseaux.
Christine Couture rappelle que la rencontre entre les spécialistes des deux universités s’est faite presque naturellement, grâce à l’existence de compétences complémentaires dans un domaine relativement peu courant dans les universités. La collaboration autour des fossiles du sud-ouest de la France a marqué le point de départ d’un processus qui, au fil du temps, a débouché sur la création du LTC Incubateur, puis, deux ans plus tard, sur la reconnaissance de Human Shelters.
« Le LTC Incubateur nous a permis, pendant deux ans, de nous structurer », explique Christine Couture. Autrement dit, le LTC Incubateur leur a permis de se structurer pendant deux ans, en se dotant d’un cadre administratif, d’une organisation solide et de soutiens pour développer le travail transfrontalier.
La chercheuse souligne que collaborer de part et d’autre de la frontière ne se résume pas à partager des objectifs scientifiques : « On a des cultures différentes, on a des langues différentes, on a des façons de travailler différentes et je pense que le LTC Incubateur nous a appris à mettre en commun ».
Cette capacité à construire une méthode de travail collaborative a été, selon ses propres termes, « un levier extraordinaire » pour obtenir la reconnaissance en tant que laboratoire.
La coopération nécessite en outre un travail qui n’est pas toujours visible : coordonner des équipes, élaborer des projets et articuler des structures administratives capables de les soutenir. « On a besoin de travailler les uns avec les autres. Et c’est ce qu’on a fait dans le cadre du LTC », affirme Christine Couture.
À l’avenir, Human Shelters souhaite renforcer sa dimension universitaire, explorer de nouvelles collaborations avec le monde de l’éducation et s’orienter vers des formations conjointes, dans un premier temps au niveau du master. La transmission des connaissances aux nouvelles générations constituera une autre de ses priorités : leur fournir les outils nécessaires pour qu’elles puissent poursuivre et développer les recherches du laboratoire.
Une coopération en phase avec les grands défis scientifiques et sociaux
La présentation de Human Shelters s’inscrit dans le cadre d’une trajectoire plus large de coopération entre le Pays basque et la Nouvelle-Aquitaine. Depuis 2015, le campus transfrontalier a labellisé dix LTC et accompagné quatorze autres projets en phase d’incubation, consolidant ainsi une communauté scientifique qui travaille au-delà des limites administratives.
Au cours de cette rencontre, le conseiller chargé des Sciences, des Universités et de l’Innovation du gouvernement basque, Juan Ignacio Pérez Iglesias, a souligné le lien entre ces laboratoires et le Plan pour la science, la technologie et l’innovation du Pays basque 2030, en particulier avec le programme « Faros de Innovación » et la stratégie « Ikur ». Parmi les domaines d’intérêt commun, il a cité l’intelligence artificielle, les sciences et technologies quantiques, la décarbonisation, l’approche One Health, la médecine personnalisée et de précision, ainsi que les défis démographiques et socio-sanitaires.
Le conseiller a réaffirmé le soutien de son département aux LTC, qui ont bénéficié d’un budget de trois millions d’euros au cours des six dernières années. Il a également souligné l’opportunité d’étendre l’expérience de coopération de l’eurorégion à une échelle macrorégionale atlantique.
Les ponts sont aussi des gardiens de la mémoire
La dimension scientifique de cette rencontre a côtoyé une autre dimension, plus personnelle et historique. À Irun, au bord de la Bidasoa, la frontière n’est pas une notion abstraite : elle fait partie de la mémoire collective de ceux qui l’ont franchie, qui y ont vécu ou qui ont grandi en regardant de l’autre côté.
Ricardo Díez, directeur du Donostia International Physics Center (DIPC) et originaire d’Irun, a rendu hommage à celles et ceux qui franchirent la frontière en 1939, après la guerre civile espagnole, à la recherche d’un refuge au nord de la Bidasoa. Le pont Saint-Jacques est ainsi devenu un symbole des frontières qui, à certaines époques de l’histoire, ont séparé, mais qui ont également offert une voie de passage et d’espoir.
Joxerramon Bengoetxea, recteur de l’EHU, a quant à lui rappelé comment le fait d’avoir accès à la radio et à la télévision française de chez lui nourrissait sa curiosité pour ce qui se passait de l’autre côté. Deux souvenirs différents qui illustrent à quel point les frontières peuvent faire partie de la vie quotidienne tout en éveillant le désir de découvrir d’autres réalités.
En ce sens, les ponts qui donnent leur nom à cette édition ne prétendent pas effacer les différences, mais permettre leur rencontre. Les langues, les cultures et les différentes façons de travailler ne disparaissent pas avec la coopération : elles deviennent une partie de ce que l’équipe apprend à partager.
Des projets qui relient la connaissance et la société
Le programme Euskampus Bordeaux Eguna 2026 a mis en lumière la diversité des domaines dans lesquels s’exerce la coopération transfrontalière. L’exposition a rassemblé 42 posters et présenté des initiatives en lien avec l’éducation et l’employabilité, la recherche et l’innovation, l’internationalisation et l’engagement envers le territoire.
Parmi celles-ci figuraient des collaborations liées au partenariat européen ENLIGHT, des masters conjoints, la robotique éducative, l’économie sociale et les neurosciences. Le programme Bizi On a également été présenté ; il met en relation des patients et des chercheurs pour contribuer à améliorer la qualité de vie des personnes atteintes d’un cancer au Pays basque.
La deuxième journée a été consacrée, entre autres activités, à la communauté LTC et à huit projets transfrontaliers présentés au format MT173, sous la forme de brèves interventions de 173 secondes. La rencontre s’est achevée par une table ronde consacrée à la contribution des universités à la construction d’une macrorégion atlantique.
La participation de plus de 60 jeunes scientifiques, hommes et femmes, a par ailleurs rappelé que la pérennité de ces réseaux dépend de leur capacité à intégrer les nouvelles générations, à partager des expériences et à ouvrir des perspectives de formation et de recherche de l’autre côté des Pyrénées.
Tisser des ponts pour continuer à aller de l’avant
Euskampus Bordeaux Eguna 2026 a célébré une décennie de rencontres qui prouve que la coopération transfrontalière se construit avec du temps, de la confiance et un travail en commun. Human Shelters incarne ce parcours : un projet né de la collaboration entre spécialistes, renforcé par une structure commune et visant à la fois à approfondir la connaissance du passé et à préparer ceux qui poursuivront ces recherches.
Alors que l’équipe de Human Shelters étudie les abris rocheux comme autant d’archives de l’histoire de l’humanité, le campus transfrontalier continue de créer ses propres espaces de rencontre. Des ponts entre les territoires, les disciplines, les langues et les générations. Des ponts qui ne suppriment pas les distances, mais qui permettent de les franchir et de les transformer en nouvelles possibilités de connaissance.
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